« Sébastien Denaja, premier de la class action » (Liberation.fr, mercredi 19 juin 2013)

(Photos DR et Reuters)

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Toutes les semaines, «Libération» dresse le portrait d’un des 217 primodéputés. Aujourd’hui, le député PS de la 7e circonscription de l’Hérault, 34 ans, féministe et très assidu.

Par CHARLOTTE ROTMAN

Il s’était donné comme objectif d’être, au bout d’un an, classé dans les 100 premiers députés. «Pas pour les petites phrases, glisse son assistant parlementaire, mais pour le travail.» «Je ne cherche pas la lumière des Quatre Colonnes, je veux être reconnu pour mon sérieux», confirme Sébastien Dénaja, 34 ans, l’un des plus jeunes députés PS, même s’il est déjà poivre et sel. Il insiste : «Quand je fais visiter l’Assemblée, je dis bien que l’essentiel du travail ne se fait pas dans l’hémicycle, mais dans les sous-sols, par exemple à la commission des lois où il n’y a pas de fenêtre. C’est là que tout se passe.» Cela ne l’empêche pas de se plier à l’exercice du portrait, et d’avoir fait préparer à l’avance un épais dossier avec la trace de son travail parlementaire.

Même s’il ne s’épanouit pas aux questions au gouvernement suivies en direct par la télévision, qui peuvent virer à la «tragicomédie», il n’a raté que deux séances en un an… dont le mardi où on le rencontre, dans un bureau réservé exprès, loin de l’agitation. Dans l’hémicycle, il reste mesuré, quand d’autres n’hésitent pas à se montrer bruyant ou provocant. Il essaye de ne rien dire qu’il pourrait regretter. «Je ne suis pas comme dans ma salle de bain, en train de refaire le monde», dit-il. C’est une forme de respect solennel pour le processus législatif, souvenirs de ses années universitaires (comme étudiant en droit, puis maître de conférence). «J’ai épluché tellement de rapports parlementaires, de comptes rendus… Je pense aux étudiants, aux historiens qui lisent ça…»

Litiges du quotidien

En ce moment, il planche sur la loi sur la consommation, qui sera examinée la semaine prochaine. A la commission des lois, il est rapporteur pour avis sur l’action de groupe. «C’est un texte qui concerne directement les Français, se réjouit il. C’est important : on ouvre l’an II du quinquennat sur le pouvoir d’achat et la consommmation. Cette année, les Français ne se sont pas sentis concernés par les réformes : les emplois d’avenir, les contrats de génération, cela prend du temps.» Là, les effets seront plus immédiats. «Cela fait trente ans qu’on en parle, cela touche des millions de Français et plein de litiges du quotidien. Quand quelqu’un se fait gruger par une boîte pour un faible montant, on pourra enfin monter une action efficace, grâce aux associations de consommateurs. Cela va assainir des secteurs», espère-t-il. Comme la téléphonie, la banque, les assurances…

 Sébastien Dénaja a également intégré la délégation aux droits des femmes, où les hommes ne sont qu’une poignée. Il a rédigé un rapport sur la parité dans l’enseignement supérieur et la recherche et rappelle quelques données (même si, et c’est tout le problème, on en manque) : 14% de femmes présidentes d’université, 20 à 22% de femmes professeures, alors qu’on compte pres de 60% de filles diplômées. C’est un féministe convaincu qui a acquis l’habitude de pointer les inégalités hommes-femmes. «Il faut s’intéresser à tout, même aux petits détails. C’est devenu un réflexe. Par exemple quand je regarde une tribune, je relève le nombre de femmes.» Une attention qui est loin d’être partagée par tous les costumes-cravates dans cette maison. «Il suffit de circuler pour voir que, pendant des siècles, il n’y a eu ici que des hommes. C’est une institution d’hommes… Il va falloir encore du temps.» Nul soupir, chez ce trentenaire enthousiaste : «Il faut que ma génération d’hommes politiques se mobilise. Ils sont réceptifs, mais cela reste un travail.» Il est père d’un bébé de 16 mois. «Quand on change les couches de son enfant, avant de prendre un avion pour Paris, ça permet aussi de ne pas déconnecter», confie-t-il.

Homme du Sud

Sébastien Dénaja est un homme qui doit beaucoup aux femmes. Et qui le dit. «Je suis un enfant de divorcé élevé par une femme seule, retrace-t-il. Beaucoup de femmes m’ont aidé en politique.» L’une d’elles est Ségolène Royal, à qui l’élu demeure «fidèle», et dont, dit il, le volontarisme et le combat pour une démocratie participative l’inspirent. «J’aimerais par exemple qu’on fasse des réunions publiques pour le débat sur les retraites, à partir du rapport Moreau. Le gouvernement consulte les partenaires sociaux, pourquoi pas nous, les citoyens ?»

C’est aussi un homme du Sud. Cela s’entend. Et, pense-t-il, cela peut jouer contre lui. «Le Sud est une région déconsidérée, ici. Avec mon accent on me regarde comme si je ne pouvais qu’être le représentant de Ricard.» Il parle même de «mépris». Il est né dans l’Hérault, a grandi à Sète, il est député de la 7e circonscription. Alors dès qu’il le peut, il plaide pour qu’à Paris, on n’oublie pas la Méditerrannée dans l’élaboration des politiques publiques. Sébastien Dénaja prend son engagement au sérieux – et ça ne date pas d’hier. Délégué de classe de la 6e à la terminale, il a pris sa carte du PS le jour de ses 18 ans. Bon anniversaire. Et décidé d’être candidat à la députation le jour des obsèques de son grand père en octobre 2011. «Il était né au Maroc, c’était un tailleur de pierre. Cela m’a donné envie d’être bâtisseur.» La politique, il la voit comme ça : comme une «pulsion de vie» qui lui donne l’impression d’être «utile». A un seul moment, il lâchera le mot : il est peut être «naïf».

Une réponse à “« Sébastien Denaja, premier de la class action » (Liberation.fr, mercredi 19 juin 2013)

  1. Oui Sébastien, seul le travail autorise la considération de ses pairs et de ses mandants. Tu as raison il faut de temps en temps se tourner directement vers la vox populi. Sur des sujets importants comme sur des aspects plus secondaires au moins apparemment. Au delà de la loi sur la transparence de la vie politique et de la protection des consommateurs, il est un sujet actuel très important pour nos compatriotes du Midi. il s’agit de la LGV . La presse de ce matin laisse entendre que le raccordement Montpellier-Perpignan serait reporté aux calendes Grecques . C’est inadmissible. Il faut se battre pour une réalisation dans la suite immédiate de la liaison Nîmes-Montpellier et, peut-être ne pas insister sur la très grande vitesse. Les risques graves de fermeture pour un long temps de la ligne actuelle en cas de gros pépin au pont de la Bordigue (c’est le cauchemar quotidien des cheminots!) ne peuvent amortis que par la création de cette ligne qui passe au Nord du Bassin de Thau.
    A ce soir à Vias.
    L-P DELPECH

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