« Théorie du genre » et ABCD de l’égalité : sortir de la manipulation

ABCDdeEgalite-VraiFaux (2)La semaine dernière, une campagne contre l’enseignement d’une prétendue théorie du genre a circulé et s’est cristallisée dans le mouvement JRE – Journée de Retrait de l’Ecole. D’après les remontées des académies, ce mouvement demeure anecdotique et localisé, bien que très médiatisé : dans la quasi-totalité des écoles de France, il ne s’est rien passé.

En réalité, ce mouvement a concerné en priorité des écoles localisées dans des quartiers sensibles dont les familles ont répondus aux SMS reçus, aux affiches placardées, aux tracts, aux sollicitations par réseaux sociaux et à la caricature que les extrémistes font de l’enseignement dispensé dans les écoles…  Au total il s’agit d’environ 100 écoles perturbées sur les 48.000 écoles publiques du territoire.

C’est peu, mais c’est décidément trop pour une manipulation des faits aussi mal attentionnée.

S’agissant de «théorie du genre», le fantasme de certains est en tout cas bien réel : il n’existe que des Gender Studies, ou étude de genres en français.

Ce courant de la sociologie, né dans les années 70 aux Etats Unis, issu des sciences humaines (sociologie, histoire, droit etc.) a pour objet d’étude les identités sexuées et sexuelles. Ces études répertorient ce qui définit le masculin et le féminin dans différents lieux et à différentes époques afin de s’interroger sur la manière dont les normes se reproduisent jusqu’au point de paraître naturelles.

Il ne s’agit donc pas pour les sociologues des gender studies de nier l’existence du sexe, donnée biologique, mais de se concentrer sur sa traduction sociale, le genre, et les faits sociaux qu’il engendre (inégalités).

Sur la base d’une interprétation erronée et une présentation fallacieuse de l’étude des genres, le mouvement de retrait à l’école cherche donc à discréditer le dispositif des ABCD de l’égalité, lancé à titre expérimental cette année dans 275 écoles et plus de 600 classes au total. Les académies concernées sont les suivantes : Bordeaux, Clermont-Ferrand, Créteil, la Corse, la Guadeloupe, Lyon, Montpellier, Nancy-Metz, Rouen et Toulouse.

Pourtant, les ABCD de l’égalité partent d’un constat simple : en pratique, les inégalités de réussite scolaire et d’orientation demeurent bien réelles entre les filles et les garçons.

Elles déterminent pour partie celles que l’on retrouve dans les carrières professionnelles. Alors même qu’elles réussissent mieux à l’école et sont plus nombreuses à obtenir le baccalauréat, moins d’un tiers des filles s’engagent dans les filières d’ingénieurs ; à l’inverse moins de 17 % des étudiants des formations dans le domaine social ou paramédical sont des garçons. Les moindres performances de ces derniers en lecture doivent tout autant nous alerter.

Le plus souvent involontairement, les enseignants comme les enseignantes n’attendent pas – et n’obtiennent pas – des filles et des garçons les mêmes prérequis et les mêmes performances. Les unes et les autres se construisent ainsi très tôt des parcours et un horizon inégalitaires, préjudiciables aux individus comme à la société. Bien des études montrent qu’en classe, la parole est inégalement distribuée et les attentes différentes à l’égard des garçons et des filles, alors même que les enseignants ont le sentiment, et la volonté, d’être équitables.

Or la transmission des valeurs d’égalité et de respect entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, est une des missions essentielles de l’école (article L.121-1 du Code de l’Education, instauré en 1989).

L’ambition du dispositif « ABCD de l’égalité » est donc de lutter contre la formation de ces inégalités dès le plus jeune âge en agissant sur les représentations des élèves et les pratiques des acteurs de l’éducation. Il offre aux enseignants des outils et des ressources pour aider à la prise de conscience, dans et hors la classe, des préjugés et transmette une culture de l’égalité entre les filles et les garçons.

Concrètement, les ABCD se composent d’une série de séquences pédagogiques, de ressources, et de modules de formation qui ont vocation à permettre aux enseignants d’aborder l’égalité entre filles et garçons par des séquences pédagogiques et des entrées au sein de programmes existants : sciences, éducation physique et sportive, maitrise de la langue, histoire etc.

Les enseignants, formés, seront invités, à travers ces séquences, à faire prendre conscience aux enfants des limites qu’ils se fixent eux-mêmes, à leur permettre de mettre des mots sur les phénomènes d’auto-censure trop courants, à développer leur confiance en eux, filles comme garçons.

Enfin, les ressources utilisées en classe par les instituteurs sont publiques et accessibles à tous, via le site Internet : http://www.cndp.fr/ABCD-de-l-egalite.

La « journée de retrait de l’école » n’avait aucun lieu d’être : il est inadmissible que ses instigateurs aient distillé autant de mensonges dans l’esprit de familles déjà lourdement pénalisées par leur situation sociale.

Une réponse à “« Théorie du genre » et ABCD de l’égalité : sortir de la manipulation

  1. Pingback: Non ! La pseudo « théorie du genre » n’est pas enseignée dans l’école de la République ! | Section du parti socialiste de Marseillan·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s