« Excision, parlons-en ! »

Excision parlons-en !

Dans le cadre de la journée mondiale de tolérance zéro à l’égard des mutilations sexuelles féminines, Sébastien DENAJA, député de l’Hérault, Membre de la Délégation aux droits des femmes[1], et Marion SCHAEFER, Présidente de la Plateforme associative « Excision, parlons-en ! » abordent un sujet trop peu connu en France : l’excision.

Pratique traditionnelle néfaste millénaire, l’excision, et plus globalement les mutilations sexuelles féminines, font encore aujourd’hui des millions de victimes. Elles sont une atteinte gravissime aux droits humains et plus particulièrement aux droits des femmes et aux droits des enfants.

L’excision, il faut en parler ! Car c’est encore un sujet tabou en France, en Europe, et dans tous les pays où elle est pratiquée.

Pourtant, on estime à plus de 125 millions le nombre de femmes excisées dans le monde. Dans 10 ans, elles seront 30 millions de plus s’il n’est pas mis un terme à ces mutilations.

En France, elles seraient entre 50 000 et 55 000 à vivre sur notre territoire, qui est et doit rester une terre d’accueil et d’asile pour ces femmes et ces filles. Car nous parlons bien de petites filles. La majorité des excisions sont réalisées avant l’âge de 15 ans, souvent bien avant l’âge de la puberté, parfois même sur des bébés ! Dans le but d’enlever tout plaisir sexuel, dans le but, souvent, de marier les filles de force et à un âge précoce, au détriment de la dignité et de la santé de ces millions de filles qui vivent avec des douleurs immenses toute leur vie. Lorsqu’elles survivent.

Ces douleurs sont physiques d’abord : hémorragies, infections multiples menant parfois à la stérilité, douleurs lors des rapports sexuels, puis lors de l’accouchement. Psychologiques aussi : traumatismes multiples, vie sexuelle détériorée voire anéantie. Les femmes excisées sont par ailleurs plus enclines à développer le VIH et autres infections et maladies sexuellement transmissibles.

Il est important de préciser que cette pratique répond à une norme sociale, à un ordre établi, elle ne prend appui sur aucun texte religieux, qui sert pourtant souvent de prétexte. Elle est pratiquée par toutes les religions, toutes les cultures, dans 29 pays d’Afrique et du Moyen Orient et, dans une moindre mesure, dans certaines communautés en Asie, en Amérique du Sud ainsi que parmi les communautés de la diaspora dans les pays industrialisés.

Lutter contre l’excision, c’est lutter contre une pratique qui va à l’encontre de la dignité, qui tend à contrôler la sexualité des femmes en devenir, asseoir une domination patriarcale violente laissant une empreinte indélébile.

En France, aujourd’hui, des moyens existent pour lutter contre les mutilations sexuelles, notamment dans le cadre du plan de lutte contre les violences faites aux femmes mis en place par le Ministère des droits des femmes.

L’État protège les filles et femmes victimes d’excision, le projet de loi relatif à la réforme de l’Asile, adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale, vient renforcer leur prise en charge et leur protection. Certaines collectivités mènent également des actions de prévention afin d’empêcher les départs de filles dans le pays d’origine de leurs parents, amenées sous d’autres prétextes afin d’y être excisées. Les associations sont tout aussi essentielles à la prévention de ces pratiques, à la connaissance du phénomène, et à l’accompagnement des filles et des femmes tant sur les plans sanitaire que psychologique ou juridique.

Nous avons le devoir impérieux de protéger les petites filles et les femmes qu’elles deviendront sur notre territoire et dans le monde entier. Nous nous devons de lutter farouchement contre ces atteintes à la dignité de l’être humain, de ces femmes et de ces filles. Nous sommes toutes et tous concerné.e.s. Nous devons dire, nous devons faire, mettre des mots sur les maux.

Pour lutter contre l’excision, il faut commencer par en parler. Alors, parlons-en !

[1] Sébastien Denaja a été rapporteur de la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, promulguée le 4 août 2014, et rapporteur pour avis au nom de la Délégation aux droits des femmes de la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche.

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